L’Univers des astrologues
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Intervention à la Journée d’Univers-Site à Montpellier 1er juin 2000
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Le nom même de notre site astrologique - « Univers-site » - oriente la réflexion dans deux directions, susceptibles l’une et l’autre de se révéler très fructueuses : la référence à la notion « d’université » met l’accent sur les nouvelles conditions d’acquisition et de transmission du savoir permises par le développement de l’informatique et d’Internet ; la référence à la notion « d’Univers », pour sa part, nous convie, me semble-t-il, à nous interroger sur les rapports entre l’astrologie, dans sa pratique mais aussi dans ses conceptions générales, et la vision globale de l’Univers selon les connaissances de notre temps, telles que nous les transmet ce qu’on peut appeler la « communauté scientifique », tout en étant bien conscients des divergences inévitables qui traversent cette communauté et qui la divisent en de nombreuses écoles.
C’est dans cette deuxième direction que je voudrais avancer non pas les résultats d’une longue réflexion mais bien plutôt des pistes de recherche ouvrant, je l’espère, à des travaux plus approfondis que l’existence d’Univers-site pourrait d’ailleurs stimuler. Très schématiquement, on peut dire que, depuis la fin du XVIIIe siècle, les fondements de l’astrologie comme ceux de la cosmologie ont connu un changement complet de paradigmes. Dans le domaine de l’astrologie, je relèverai deux faits : d’une part, la découverte des trans-saturniennes a ouvert le champ de vision à l’ensemble du système solaire dont nous dépendons, ce passage au-delà de la barrière saturnienne pouvant s’interpréter, par analogie, comme celui d’une maturation de la conscience, comme le passage de l’enfance à l’adolescence ou, si l’on préfère, de l’adolescence à l’âge adulte. Mais l’humanité d’aujourd’hui, encore si encombrée de son vieil héritage du cerveau reptilien, peut-elle vraiment prétendre à l’âge adulte ? D’autre part, l’intégration des trans-saturniennes dans la conscience et dans la pratique astrologiques a permis que s’élargisse considérablement le champ de l’astrologie mondiale à l’ensemble de l’histoire des civilisations grâce à une approche reposant sur le prise en compte des cycles des planètes lentes. L’astrologie est ainsi en passe de rejoindre l’histoire dans sa longue durée, telle que l’ont conçue, par exemple, des historiens de l’ampleur de Toynbee ou de Braudel. Toutefois, il faut relever que l’attente moyenne du milieu astrologique – englobant praticiens et consultants – demeure encore le plus souvent quelque peu étriquée, tournée vers des questions prévisionnelles dans le court terme, sans songer que l’astrologie est peut-être à même de permettre à l’humanité de donner un sens à son histoire, de l’orienter vers un avenir qui ne relève ni des idéologies trompeuses ni des utopies meurtrières. Il en va de même d’ailleurs, dans l’astrologie individuelle où, si j’ai bien compris les travaux de Robert et Francine Gouiran, l’essentiel est de fournir au consultant une clé pour comprendre le sens de son existence ici-bas, pour s’orienter dans la trame signifiante d’une vie qui, parfois, se transmue en un destin.
Dans le domaine de la cosmologie, le changement de paradigme est encore, s’il se peut, plus impressionnant. En effet, la connaissance que nous avons de l’Univers, en cette fin de XXe siècle, est radicalement différente de celle qui prédominait encore au début de ce siècle. Il faut rappeler que, vers 1920 encore, la question de savoir si notre Univers se réduisait ou non à notre Galaxie faisait l’objet de discussions acharnées entre savants. Le fait principal, c’est que notre Univers a gagné en extension aussi bien sur le plan temporel que sur le plan spatial. Nous savons aujourd’hui qu’une galaxie moyenne comme la nôtre comporte environ cent milliards d’étoiles semblables à notre Soleil, et nous savons que notre galaxie n’est qu’une molécule parmi des milliards d’autres semblables. Mais surtout nous avons intégré comme une évidence l’idée que l’Univers avait une histoire, qu’il avait un commencement et qu’il est, pour reprendre les termes d’un des plus grands philosophes de notre temps, Claude Tresmontant, « un système en régime de formation depuis quelque quinze ou vingt milliards d’années ». C’est cette conscience d’une historicité de l’Univers qui caractérise le plus nettement la science contemporaine par rapport à toutes les époques précédentes.
Or, même avec l’extension de l’astrologie aux trans-saturniennes, même avec l’intégration d’astéroïdes tels que Chiron ou d’autres chers à l’école de Hambourg, notre système astrologique demeure solidement ancré dans cette minuscule province de l’Univers qui abrite notre Soleil et son cortège de planètes et, à la différence de nos prédécesseurs, nous ne pouvons plus prétendre que l’astrologie constitue le relais entre l’homme et l’Univers dans son immensité à peine concevable. Il y aurait là comme une sorte de décrochage, l’astrologie ne pouvant absolument plus prétendre suivre la formidable expansion du champ d’exploration qui est celui de l’astronomie. Mais cette nette séparation entre astrologie et astronomie pourrait être l’occasion pour la première de mieux définir sa place et sa spécificité en tant qu’approche globale susceptible de donner un sens et une orientation à tous les phénomènes régis, sur notre terre, par des lois cycliques dans le cadre de notre système solaire.
Par ailleurs, l’astrologie, comme l’astronomie et l’astrophysique, ne dépendent plus, comme autrefois, de la vue. Ce que nous savons de l’Univers repose sur pour une grande part sur la radio-astronomie ; nous écoutons l’Univers bien plus que nous ne le voyons. Mais l’astrologie elle-même, pour peu que l’on place en son centre les cycles planétaires – des lentes et des rapides – repose elle aussi davantage sur ce sens du rythme que sur la patiente observation du ciel nocturne. Nous travaillons de plus en plus dans l’invisible, avec des Nombres dont il convient de se souvenir qu’ils sont porteurs de sacré. Il est sans doute à souhaiter que les astrologues participent, aux côtés des astrophysiciens, à une réflexion en profondeur qui porte sur les implications métaphysiques de ces nouveaux paradigmes. Car ce devrait être là le point commun de ceux – astrologues ou astronomes – qui oeuvrent dans la conscience vivante de notre système solaire ou de l’Univers : cette connaissance des choses célestes mène aux interrogations d’ordre métaphysique et débouche sur la question du sens de cette histoire de l’Univers autant que sur celle du sens de l’histoire des civilisations.
Charles RIDOUX
Amfroipret, le 18 mai 2000
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