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C’est pour satisfaire à la demande des participants à ce séminaire que nous en consacrons une partie à une présentation très schématique et très personnelle de l’actualité astrologique en France. Si nous avons acquis quelque compétence dans le domaine de l’astrologie mondiale, nous n’avons en aucune manière la prétention de juger de l’activité d’ensemble de nos confrères astrologues dans les autres branches de notre savoir. Aussi, nous évoquerons essentiellement ici les œuvres que nous avons lues ces dernières années et qui nous ont séduit par leur originalité ou par leur nouveauté. Nous situerons ces œuvres dans le cadre d’un certain nombre d’institutions - associations, revues, sites Internet - qui favorisent la diffusion d’une astrologie de qualité en France. Précisons bien que nous n’avons aucune prétention à l’exhaustivité et que notre jugement est ici parfaitement subjectif et assumé comme tel. Nous allons donc évoquer un certain nombre d’ouvrages qui, au fil de ces dernières années, ont suscité notre intérêt et, souvent, notre admiration.
Paul Bernard-Decroze
L’ouvrage le plus surprenant et le plus innovant à nos yeux est celui de Paul Bernard-Decroze, intitulé Les Blasons astrologiques.[1] L’auteur est un polytechnicien qui a fait une carrière internationale en hydraulique et dans le bâtiment, et qui mène des recherches astrologiques en rapport avec des sciences traditionnelles telles que le Yi-King. Sa conception des blasons astrologiques s’inscrit dans la suite des recherches initiées au début des années 1940 par l’Américain Marc Edmund Jones, mais s’en différencie en ce sens les dessins planétaires de ce dernier sont limités par des règles restrictives qui les réduisent à un total de sept types seulement, alors que la démarche de Paul Bernard vise à englober toutes les configurations envisageables de dessins planétaires, aboutissant à la définition de 44 types de blasons astrologiques.
La première étape consiste à identifier et définir les types de blasons : c’est à partir d’une dialectique binaire du plein et du vide en fonction du resserrement ou de l’isolement des planètes entre elles que s’échafaude cette science des blasons astrologiques.
L’acte premier de l’identification se ramène à des critères de visualisation. (…) Ce qui détermine un groupe ne doit être ni le nombre des planètes qui le constituent, ni l’harmonie numérique des vides qui les encadrent, mais tout simplement leur proximité visuelle, et celle-ci est dépendante au premier chef de la dimension angulaire des deux vides adjacents.
L’auteur répartit ses 44 blasons en différentes catégories : ceux qui ne comportent qu’un seul groupe de planètes (avec un vide qui va de 75° à 250°, déterminant les figures qu’il nomme le Nimbe, le Dôme et le Soc). Viennent ensuite les blasons qui comportent deux groupes de vides et de pleins, soit un solitaire et un plein (comme l’Ombelle ou le Lotus), soit deux pleins (comme le Sablier). Puis les blasons comportant trois groupes, deux solitaires et un plein (les Antennes), un solitaire et deux pleins (la Colombe), ou encore trois pleins (le Trèfle). D’autres blasons sont constitués de quatre groupes : trois solitaires et un plein (le Trident), deux solitaires et deux pleins (la Libellule), un solitaire et trois pleins (la Croix latine), quatre pleins (la Croix grecque). D’autres encore comportent cinq groupes : quatre solitaires et un plein (le Carré d’as), trois solitaires et deux pleins le Lys), deux solitaires et trois pleins (l’Épervier), un solitaire et quatre pleins (la Croisée des chemins). Enfin, la répartition peut se faire entre cinq pleins (le Pentacle). A cela s’ajoutent deux catégories particulières : la Rosace, qui offre une répartition équilibrée des planètes et exclut toute conjonction ; et l’Hexagramme, composé de six groupes, type d’une extrême rareté.




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Si cette répartition obéit à une logique binaire de la disposition entre pleins et vides, offrant une structure objective des divisions possibles du cercle de 360° pour un ensemble de dix éléments (les planètes du système solaire et les deux luminaires), la dénomination de ces figures par des noms symboliques nous paraît relever d’une démarche beaucoup plus subjective, quoi qu’en dise l’auteur qui, dans le chapitre 2, s’efforce de justifier sa démarche d’appellation. Dans cette deuxième étape, il nous semble nettement moins convaincant que dans la définition des figures. Paul Bernard est attentif également à la fréquence des types de blasons, et il donne un tableau de la fréquence absolue qui met au premier plan le type Champignon, qui apparaît multiplié au cours de l’année 1924 (41%, quatre fois plus qu’à l’ordinaire). Ceci s’explique par la disposition des cinq planètes lentes, toile de fond sur laquelle transite le cortège des rapides.

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Il serait peut-être intéressant de distinguer, dans les tableaux de fréquence des blasons, entre les figures constituées par le groupe des cinq lentes et les figures réalisées par l’ensemble des dix planètes. Mais c’est là, bien sûr, le vœu d’un spécialiste de la mondiale pour qui le cortège des rapides ne prend sens que sur le tableau fondamental constitué par les cycles des lentes.
Nous avons pris un intérêt tout particulier à la lecture du chapitre VII intitulé « L’histoire du monde dessinée dans le ciel », dans lequel Paul Bernard applique sa méthode des blasons au domaine de la mondiale. Il développe ce qu’il appelle des « séquences ou films planétaires » qui rejoignent, par certains côtés la façon dont André Barbault a traité certaines conjonctures historiques de brève durée, comme la crise de l’été 1914 qui conduit à la Première Guerre mondiale. Dans ce moment de haute tension, Paul Bernard souligne, lui aussi, l’importance de la décharge énergétique concentrée dans l’opposition de la conjonction JU-UR à un amas planétaire regroupant le cortège solaire autour de la triplice SA-NE-PL.
Ce contexte d’opposition correspond à la fois au début de la phase involutive du cycle UR-NE et à une conjonction appliquante de JU à UR. La position de NE se trouve fortement potentialisée par un transit particulièrement long de ME, dont le mouvement très ralenti et bientôt stationnaire évolue vers la rétrogradation et va se maintenir pendant plus d’un mois dans le voisinage immédiat de NE.[2]
La grande différence d’approche, cependant, réside dans le fait que Paul Bernard ne construit pas son interprétation et son raisonnement astrologique sur une analyse hiérarchisée des cycles planétaires impliqués dans cette configuration, mais sur l’évolution des diverses figures qui conduisent de l’attentat à la bataille de la Marne, l’élément moteur dans le déroulement scénique des blasons revenant essentiellement au mouvement de la LU qui balaie tout le Zodiaque durant le temps de la crise (l’auteur emploie l’expression de « métronome Lune » pour évoquer le rôle déclencheur de cet astre que, pour sa part, Charles Harvey compare souvent à l’aiguille des secondes sur le cadran d’une horloge).
Paul Bernard est assez proche également des recherches d’André Barbault relatives à une synthèse de l’état d’équilibre ou de déséquilibre de l’ensemble du système solaire, selon la concentration ou la diffraction des planètes autour de la circonférence zodiacale. Barbault trouve un outil adéquat dans l’Indice cyclique (qui est obtenu par l’addition de tous les écarts entre les cinq planètes lentes). Paul Bernard recourt à un compteur de densité obtenu par un vecteur radial de longueur variable (m), dont la pointe orientée vers le centre de gravité des dix planètes reçoit le nom de Kronos (K), tandis que la projection radiale de Kronos sur la circonférence du zodiaque reçoit le nom de Logos (L). Cela permet à Paul Bernard d’observer des périodes d’équilibre et des périodes d’instabilité au cours de l’histoire. Un des diagrammes les plus spectaculaires dans cet ouvrage est fourni avec le mouvement de Logos pour l’année 1999.

La figure 45 reproduit le mouvement de Logos, entité messagère des dix planètes et point du zodiaque où s’équilibrent leurs influences. La courbe habituelle de Logos prend la forme d’une montée relativement lente, rythmée par l’oscillation continuelle que lui imprime le mouvement de la Lune. Fréquemment, mais avec des interruptions qui peuvent durer quelques années, cette courbe s’envole brutalement, ce qui correspond aux phases d’ouverture. En 1999 toutefois, ce décrochement va se manifester avec une extraordinaire ampleur, jamais constatée depuis le début de l’ère chrétienne, et qui ne se présentera plus pendant le IIIe millénaire. Il s’agit d’un véritable saut quantique, d’un brusque relèvement du niveau des énergies planétaires.[3]
Un autre schéma spectaculaire est donné dans une partie de l’ouvrage qui présente une analyse statistique de la fréquence des modèles de blasons astrologiques au cours de l’histoire. L’auteur construit ce qu’il appelle des « spectres planétaires d’époque », à partir d’un indice de fréquence nettement plus élevé qu’à l’ordinaire pour certains blasons dans un temps donné, de sorte que les générations concernées s’en trouvent fortement individualisées. C’est notamment le cas pour les générations qui naissent actuellement, que Paul Bernard appelle les « Mutants du XXIe siècle ». La comparaison des ensembles de blasons astrologiques dominantes de ces Mutants avec d’autres générations dans l’histoire fait apparaître avec une étonnante netteté une parenté de structure avec les générations contemporaines de l’apparition du bouddhisme et de celle de l’islam. Paul Bernard en déduit que « le siècle à venir va renouveler toutes les données religieuses, spirituelles, intellectuelles, scientifiques et organisationnelles du monde ».[4]


Patrice Guinard et le C.U.R.A.
Un site s’est imposé ces dernières années par sa qualité et par son rayonnement international, du fait qu’il s’efforce de présenter des textes non seulement en français, mais également en anglais et en espagnol. Il s’agit du C.U.R.A. (Centre Universitaire de Recherche en Astrologie), animé par Patrice Guinard, auteur d’une thèse d’astrologie imposante par ses dimensions, son originalité et son érudition ainsi que par son orientation philosophique appuyée.[5] C’est tout à l’honneur d’André Barbault que d’avoir généreusement ouvert sa revue L’Astrologue à la publication de larges extraits de la thèse de Patrice Guinard.[6]
Dans un préambule intitulé Le Manifeste, Patrice Guinard cherche à comprendre les raisons pour lesquelles l’astrologie est mise à l’écart de la pensée moderne et méprisée par l’intelligentsia universitaire. Le matérialisme moderne se caractérise, selon lui, par une hypertrophie du mental, par une présence envahissante de la technique mécanisée qui finit par écarter toute question relative à la nature de l’être pour ne plus s’intéresser qu’au fonctionnement des choses. Il dénonce l’idéologie scientiste comme le produit d’une caste - « une communauté d’experts autorisés » - qui s’organise autour d’une institution socio-culturelle et d’un consens idéologique et il récuse sa prétention à l’objectivité et au monopole de la connaissance. Patrice Guinard écarte - à bon droit nous semble-t-il - les tentatives pour justifier ou pour prouver le savoir astrologique en le mesurant à l’aune des statistiques.
L'extension inadéquate à l'astrologie de méthodes qui appartiennent aux sciences physiques relève d'une méconnaissance de la nature de l'astrologie et d'un mépris de la réalité psychique. On ne mesure pas la lunarité (qualité Lune) comme on mesure la pression atmosphérique. L'affectivité et la conscience ne « s'expliquent » pas en termes mécanistes. Les méthodes instrumentales et les schémas astro-statistiques ne concernent pas davantage le contenu du savoir astrologique que les courbes de variation encéphalographiques ne concernent le contenu des rêves ou les transformations organiques issues des postures du yoga.
Patrice Guinard met en valeur, à côté de la révolution copernicienne, la « révolution astrologique » introduite en 1538 par l’Astronomia magna de Paracelse, qui développe la doctrine du ciel intérieur et la théorie de l’impressio « produite en chacun par les influx planétaires, marque intériorisée de la présence des astres, et non plus signe ou cause d'une extériorité visible et factuelle », conception qui dégage l’astrologie de son asservissement à une psychologie extérieure, quelle qu’en soit la nature. L’astrologie échappe également, selon notre auteur, à la raison expérimentale de la science et à la raison discursive des philosophes pour obéir à un mode de raisonnement propre qu’il appelle la « raison matricielle ». Et c’est parce qu’elle engendre un mode de rationalité plus englobant que le mode scientifique que l’astrologie est en butte aux attaques des scientistes. Selon Patrice Guinard, l’astrologie n’est ni une science, ni une philosophie, ni une religion, mais une conception du réel « qui suppose la conviction de la résonance et du retentissement des rythmes de l'environnement géo-solaire sur le psychisme ». Cette raison matricielle correspond à une donnée profonde du réel qui consiste en une « structuration quaternaire du psychisme », à une « quadripartition du réel par l’esprit », que Patrice Guinard voit à l’œuvre dans toute activité de l’esprit.
C’est cette logique matricielle fondée sur le quaternaire qui conduit Patrice Guinard à discerner quatre structures fondamentales de l’astrologie qui résultent de quatre modes de décomposition du réel par la pensée :
Je désigne les quatre structures cardinales de l'astrologie, qui apparaissent déjà chez les Grecs, par les termes de Planétaire (ou ensemble structuré des Planètes), de Dominion (ou ensemble structuré des Maisons), de Cyclade (ou ensemble structuré des Cycles, Aspects et Ages planétaires), et bien sûr de Zodiaque (ou ensemble structuré des Signes zodiacaux). (…) Les Planètes représentent les modes de perception du réel, les Maisons les modes de relation du sujet au réel perçu, les Cycles les modes de variation de ces relations, les Signes les modes de fixation du sujet après stabilisation de ces variations.
Dans cette perspective, Patrice Guinard expose, dans la partie consacrée au Dominion, sa conception du système astrologique des huit Maisons dontr il dit avoir eu l’intuition dès novembre 1982 (au moment même de la conjonction SA-PL).
Je préconise un modèle à 8 places, assez proche d'un système antique appelé "octotopos" (8 lieux), historiquement attesté depuis le IIe siècle A.D., mais probablement antérieur au système classique des 12 lieux. La Maison est à l'origine "topos" (en grec), c'est-à-dire lieu, place, endroit. Autrement dit les Maisons relèvent d'une problématique de l'Espace, et non du Temps. J'ai appelé ce modèle le Dominion, en référence à l'organisation du cycle journalier par domaines, et au vocable anglais qui souligne leur puissance.
Il n'y aurait que huit Maisons astrologiques (les Maisons 3, 5, 8 et 12 de l'organisation par douze n'existent pas), centrées sur leurs "pointes", et se succédant dans le sens du mouvement diurne, car elles représentent les phases successives du parcours apparent d'un astre à partir de son lever. C'est probablement dans les milieux alexandrins, Gréco-Égyptiens, que les Maisons ont été rabattues sur le cycle zodiacal, et qu'un système artificiel d'analogies a été mis en place (12/12), sans doute pour le besoin des pratiques horaristes.
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C’est à partir de la Rose des Vents, repérée par les navigateurs pionniers de l’Antiquité, que les astrologues auraient conçu le modèle des huit Maisons astrologiques, qui a précédé historiquement celui des douze Maisons, institué à l’époque alexandrine par analogie avec les douze Signes du Zodiaque, selon Patrice Guinard, qui s’appuie sur les travaux de John North consacrés aux horoscopes et notamment aux divers modèles de domification chez les Grecs et les Arabes. [7]
Patrice Guinard se réfère également à une théorie de l’évolution du système des Maisons astrologiques en quatre étapes, proposée en 1936 par Wilhelm Gundel :
Une organisation initiale en 4 quadrants définis par les points cardinaux (se succédant dans le sens des aiguilles de l'horloge et symbolisant les 4 âges de l'existence), une organisation en 8 secteurs de 45° (quadrants et secteurs cardinaux), une organisation en 12 secteurs (toujours comptés dans le sens des aiguilles), et enfin l'organisation en 12 secteurs (comptés dans le sens inverse des aiguilles), qui a donné naissance aux systèmes couramment utilisés aujourd'hui et dont Hermès Trismégiste aurait été l'inventeur et « Nechepso-Petosiris » le légataire.[8]
Patrice Guinard rappelle que la domification est un découpage de la sphère céleste en correspondance avec le rythme journalier dû à la rotation de la Terre sur elle-même. Les Maisons sont des « divisions topocentriques de la sphère céleste » et l’auteur évoque les huit phases successives que parcourt le mouvement journalier d’un astre observé depuis un point donné de la Terre :
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L'astre se lève et passe l'Ascendant.
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Il s'élève au-dessus de l'horizon à l'Est (à la gauche d'un observateur tourné vers le Sud).
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Il franchit sa hauteur maximale (culmination supérieure au Milieu-du-Ciel).
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Il redescend à l'Ouest, au-dessus de l'horizon.
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Il se couche et passe le Descendant.
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Il redescend au-dessous de l'horizon à l'Ouest.
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Il atteint son point le plus bas (culmination inférieure au Fond-du-Ciel).
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Il s'élève à nouveau, mais au-dessous de l'horizon, à l'Est.
De la sorte, le Dominion organisé en huit secteurs repose sur une double quaternité : l’alternance d’un quaternaire diurne et d’une quaternaire nocturne, et l’imbrication d’un quaternaire angulaire avec un quaternaire intermédiaire.
Patrice Guinard met également en rapport le Dominion avec la disposition circulaire des huit Trigrammes attribués à Fou Hi dans le Yi-King, qui forment également une rose des vents.
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Patrice Guinard propose également une sémantique des domaines qui correspond en quelque sorte à la doctrine traditionnelle des quatre âges de la vie :
Les 8 Maisons s'inscrivent dans une succession assez logique. En Communication et en Amitié, l'homme cherche à surmonter son isolement : il s'éveille au monde, puis se lie à autrui. En Situation et en Harmonie, il cherche à surmonter son impuissance : il s'installe dans la société, puis il s'ouvre à la vie dans toute sa diversité. Dans le Couple et dans la Connaissance, il cherche à surmonter son incomplétude : il se retire avec ce qu'il aime, puis avec ce qu'il sait. En Mystère et en Renommée, il atteint le terme de son existence et cherche à surmonter son destin : il abandonne tout et découvre l'ineffabilité du monde, puis il n'est plus là et lègue son héritage, ses propriétés, et son nom.
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Après l’étude du Dominion vient celle du Planétaire, que Patrice Guinard définit comme « l'ensemble structuré des opérateurs planétaires, ou encore le dispositif d'ensemble de la circulation de l'énergie psychique d'origine astrale ». Il conçoit le Planétaire comme un ensemble structuré de redistribution différentielle, par le Soleil, de l’énergie du système solaire, en fonction d’une situation terrestre, notre Terre étant le corps planétaire de référence.
Notre propos n’est pas de résumer ici l’ensemble de la thèse si riche de Patrice Guinard, mais de donner une idée de ses orientations et surtout l’envie d’approfondir l’étude de cette œuvre qui n’est point encore entrée véritablement, à notre connaissance, dans les discussions de la communauté astrologique en France, mais qui s’imposera certainement un jour, à notre avis, fût-ce pour être contredite ou corrigée, voire prolongée.
Mais c’est également un des grands mérites à mettre au compte de Patrice Guinard que d’avoir largement ouvert son site à nombre de contributions généralement de grande qualité et de niveau universitaire. Patrice Guinard présente d’ailleurs lui-même une bibliographie commentée fort utile des thèses relatives à l’astrologie présentées dans le monde durant le XXe siècle, ainsi qu’une bibliographie commentée de quelque 250 ouvrages et articles concernant l’histoire de l’astrologie, classée en douze rubriques :
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Ouvrages de référence (encyclopédies, dictionnaires, bibliographies, catalogues, usuels...)
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Histoires générales de l'astrologie
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Origines de l'astrologie (préhistoire, cultures néolithiques, ethnologie, astronomie antique, Égypte...)
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Astrologie mésopotamienne
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Astrologie chinoise
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Astrologie hellénistique (Grèce, Rome, Moyen-Orient, critique chrétienne)
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Astrologie indienne (et perse)
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Astrologie arabe (dont syrienne et juive)
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Astrologie précolombienne (des cultures autochtones américaines)
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Astrologie médiévale (et chrétienne)
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Astrologie de la Renaissance (incluant le XVIIè siècle)
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Astrologie moderne (essentiellement le XXè siècle)
Parmi les nombreux articles que l’on peut trouver sur le site du C.U.R.A., citons un texte de Patrice Guinard sur « Nostradamus et les trans-saturniennes », dédié à Vlaicu Ionescu, que nous avons été particulièrement heureux de trouver ici, étant donné que ce Roumain qui a passé quarante ans de sa vie à déchiffrer l’œuvre de Nostradamus, est à nos yeux le seul parmi les auteurs actuels qui en parlent à proposer une interprétation digne de la puissante vision prophétique de cet auteur. Dans ses deux ouvrages intitulés Le Message de Nostradamus sur l’Ère prolétaire[9] et L’histoire secrète du monde[10], Vlaicu Ionescu expose, d’une part, la nature de la vision prophétique de Nostradamus qu’il relie à la tradition apocalyptique de saint Jean et des prophètes de l’Ancien Testament, et d’autre part le code rhétorique dont s’inspire l’écriture nostradamique, fort proche de la pratique poétique des grands rhétoriqueurs de la fin du Moyen Age ou d’un auteur tel que François Villon. Puis il livre une interprétation magistrale de Nostradamus en relation avec le temps des révolutions ouvert par la Révolution française et prolongé par le communisme russe. Rappelons que Vlaicu Ionescu est l’un des rares à avoir, avec André Barbault et Jean Phaure[11], annoncé la chute du communisme autour de la triple conjonction SA-UR-NE entre 1989 et 1992.
Le site du C.U.R.A. est ouvert aussi bien à des chercheurs étrangers qu’à des Français, et l’on peut y lire des contributions de Giuseppe Bezza, l’un des plus grands connaisseurs de la tradition ptoléméenne aussi bien à travers les textes arabes que latins du Moyen Age et de la Renaissance, de Mario Costantino sur le thème de Napoléon Ier, de Robert Couteau, spécialiste américain de l’astrocartographie, de David McMinn, qui étudie les crises financières en rapport avec un cycle de 56 ans. Nous formulons le vœu que ce site d’une qualité exceptionnelle et d’une haute tenue s’ouvre également à des contributions en provenance du monde slave.
Les Congrès d'Hermès
Pour qui voudrait se faire une idée de la richesse et de la diversité de la vie astrologique en France durant ces vingt dernières années, nous pourrions recommander la lecture des Actes des Congrès d’Hermès (ex-ARRC), organisés chaque printemps par Yves Lenoble au Palais des Congrès à Paris et qui ont eu le mérite de réunir des représentants de toutes les écoles astrologiques qui exposaient leurs recherches devant un public de plusieurs centaines d’auditeurs[12]. Le choix du thème de ces conférences a obéi à une logique simple, suivant d’abord le cours des planètes du système solaire - de ME à PL -, abordant ensuite des thématiques plus sophistiquées : les luminaires et les luminaires noirs en 1993, Centenaire Dane Rudhyar en 1995, la croix des signes Fixes en 2000 et celle des signes Cardinaux en 2001. A partir de 2002, ces grands messes astrologiques parisiennes feront place à des congrès méditerranéens, regroupant astrologues français, italiens, espagnols et grecs à Montpellier, ville qui bénéficie d’une intense activité astrologique et où subsiste peut-être quelque imprégnation de l’époque où Raymond Lulle y conversait avec l’alchimiste Arnaud de Villeneuve.
Trois courants astrologiques sont régulièrement représentés à ces congrès : l’école conditionaliste fondée par Jean-Pïerre Nicola, le courant de l’astrologie humaniste dans la mouvance de Dane Rudhyar et longtemps conduit par Alexandre Ruperti, l’école jungienne qui dispense un cursus de formation astrologique complet et de bonne qualité dans le cadre de l’association Agapè. S’expriment également à ces congrès des membres du RAMS, association dont l’objectif est de convaincre la communauté scientifique du bien-fondé de l’astrologie en pliant celle-ci aux procédures requises pour obtenir un label de scientificité, avec une prédilection marquée pour les études statistiques.
Nous ne dressons pas ici un inventaire ; aussi bien nous contenterons-nous de mettre en valeur quelques-unes des œuvres significatives d’auteurs qui, à nos yeux, ont marqué la vie astrologique en France durant ces vingt dernières années. Lors du dernier Congrès d’Hermès, en mars 2001, André Barbault a salué, à la fin d’une intervention consacrée à l’apport de l’astrologie mondiale à l’individuelle, la recherche d’un de nos confrères statisticiens, Didier Castille, qui a produit une impressionnante étude relative aux mariages en France sur une durée de vingt ans.[13] Voici les propos d’André Barbault :
Je terminerai mon propos sur un fait astrologique tenant à la fois de l’individuelle par le phénomène qu’il traite et de la mondiale par son aperçu collectif.
En 1997 paraissait chez Goldmann Verlag Die Akte Astrologie de Günter Sachs, présentant différentes explorations statistiques. L’une des plus intéressantes concernait la comparaison des dates de naissance entre époux sur un ensemble de 358 763 mariages, conclus en Suisse entre 1987 et 1994 (données du Bureau des statistiques de Berne). Enquête aboutissant à la constatation très nette d’une surfréquence de mariages conclu entre personnes de même signe zodiacal.
Là-dessus est venu en renfort Didier Castille pour savoir ce qu’il en était vraiment, et nous lui devons d’importantes conclusions livrées dans le numéro 8 (Mars 2000) du RAMS : « Mariages aux soleils ». Cette fois, puisant dans les fichiers informatiques de l’INSEE, c’est sur les mariages français des années 1976 à 1997 qu’il s’est penché, soit sur la coquette somme de 6 498 658 unions !
Or, il confirme les résultats de Günter Sachs en les précisant. Ce qui frappe, c’est que le record du surnombre de mariages survient lorsque l’homme et la femme unis ont le même anniversaire ; ce qui se présente presque trois fois plus que cela aurait dû être ! C’est autour d’un anniversaire commun ou voisin que s’agglomère le rapprochement des couples, si bien que les mariages entre personnes fêtant leurs anniversaires respectifs à moins d’une trantaine de jours l’un de l’autre sont étonnants. Et c’est moins le signe zodiacal commun que la proximité des deux Soleils qui compte.
Or, une telle constatation est prodigieusement évocatrice d’un phénomène fondamental : l’attraction du semblable, ici le Soleil de l’un tendant à attirer le Soleil de l’autre. A se demander même si ce n’est pas là un parallèle psychique à l’attraction universelle du champ physique. En tout cas, à ce jour, nul doute que ce résultat soit le témoignage le plus important de la véracité du fait astrologique, résultat d’un mariage de l’individuelle et de la mondiale.[14]
Ce mariage de l’individuelle et de la mondiale est également l’une des préoccupations d’Yves Lenoble lorsqu’il aborde l’étude des cycles planétaires.[15] Cet auteur place au cœur de la pratique astrologique les cycles composés et part du constat que toutes les formes de vie obéissent à des rythmes cycliques, ce dont témoigne la sagesse de toutes les grandes traditions, qui mettent notamment en valeur - que ce soit en Chine, en Inde ou chez les Babyloniens - la périodicité de soixante ans, qui correspond à une synthèse des cycles de JU et de SA (2 cycles saturniens et 5 cycles jupitériens). Yves Lenoble cite, parmi les historiens, Fernand Braudel dont la pensée témoigne d’une conscience aiguë des rythmes dans l’histoire, avec la distinction d’un temps long, d’un temps moyen et d’un temps court :
Le passé n’est pas fait d’une succession simple d’événements mais de simultanéité de temps différents. Il y a le temps court à la mesure des individus, de la vie quotidienne, de nos illusions, de nos prises de conscience hâtives. Ce temps court, c’est celui du journaliste aux prises avec toutes les formes de la vie. Il y a un temps court économique, social, littéraire, institutionnel, religieux, géographique même, par exemple, un cyclone, une tempête. C’est le temps de la politique, au sens ordinaire du terme, et celui du fait divers. C’est ce que j’appelle le récit.
Et, à côté de ce récit, vous avez le passé par larges tranches, dominant l’événement, soit des périodes de dix, vingt ou cinquante ans. Cette étude du temps moyen, en général celui d’une vie ou d’une génération, est particulièrement nécessaire pour comprendre la vie économique et sociale qui évolue par cycles. Et l’on comprend qu’en s’attachant à ce temps les historiens aient été conduits à s’intéresser moins à la vie politique qui est surtout regardée du point de vue événementiel, dans la durée courte, qu’aux rythmes de l’évolution économique et aux métamorphoses des groupes sociaux.
Enfin il y a la longue durée, la tendance séculaire. Pour comprendre la longue durée, le plus simple est encore d’évoquer la contrainte géographique. L’homme est prisonnier, des siècles durant, de climats, de végétations, de populations animales, de cultures, d’un équilibre longuement construit dont il ne peut s’écarter sans remettre tout en cause. Voyez, au long des âges, quelques exemples entre mille : la place dans la transhumance dans la vie montagnarde, la permanence de certains secteurs de la vie maritime, l’enracinement des villes qui pose tant de problèmes aujourd’hui ; le tracé durable des routes et des grands axes du trafic. De la même manière vous constatez ces permanences dans la vie culturelle en découvrant, par exemple, la persistance de certains thèmes ou de certaines lignes de sensibilité à travers les générations. Et vous les constatez aussi dans le domaine des systèmes économiques. Grossièrement, nous sommes entrés, vers 1750, dans la civilisation industrielle, dont nous ne sommes pas encore sortis. Mais avant, du XIIIe au XVIIIe siècle, vous vous trouvez en face de quatre ou cinq siècles de vie économique qui, malgré de nombreux changements, présentent une cohérence certaine.[16]
L’astrologue reliera naturellement cette dernière constatation à la durée du dernier cycle complet NE-PL qui s’est étendu de 1399 à 1891, ainsi qu’il fera le lien avec le cycle UR-NE de 1821-1993 qui englobe tout le temps de la société industrielle. Et ces constats permettront d’envisager de caractériser le passage à une société post-industrielle autour de 1997, lorsque le transit de JU sur la conjonction UR-NE vient activer celle-ci et lancer véritablement le nouveau cycle, de même que la conjonction analogue de 1830 avait activé les tendances à l’œuvre dans les débuts de la société industrielle. Cette activation de cycles lents par le transit d’une planète plus rapide constitue ce que nous avons nommé la « mouvance » des cycles.
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Un des apports de l’ouvrage d’Yves Lenoble sur les cycles est le schéma (dû à J.-J. Marzolf) des boucles des rétrogradations de VE et des conjonctions supérieures SO-VE de 1900 à 2020, qui dessinent deux superbes étoiles à cinq branches. Yves Lenoble souligne à ce propos que les conjonctions SO-VE sont reliées entre elles par un aspect de quintile et il estime nécessaire de prendre en compte cet aspect dans l’étude des cycles.[17] Pour notre part, nous serions tenté d’étendre cette ouverture également aux septiles (aspects de 51°25 et multiples) et de tenir compte aussi des quindeciles (15° et 165°) qui ne sont pas à proprement parler des aspects s’inscrivant dans le déroulement du processus cyclique, mais plutôt des portes d’entrée ou de sortie de ces deux moments privilégiés que constituent la conjonction et l’opposition.
Évoquant les grands cycles des lentes, Yves Lenoble ne manque pas de se référer à la fameuse triple conjonction UR-NE-PL de -575 av. J.C. comme à point de départ majeur relatif aux enseignements spirituels qui ont marqué depuis l’humanité (bouddhisme, jaïnisme, confucianisme, rationalisme grec et tradition hébraïque). Signalons cependant une petite erreur relative à la date de la prochaine triple conjonction de ces trois super-lentes, qui ne sera pas en 2384 (date d’une triple conjonction SA-NE-PL) mais 3369 (plus précisément entre 3369 et 3372, où la conjonction NE-PL se produira à 22° Gémeaux).
Un des intérêts de cet ouvrage réside dans l’utilisation de la pratique des cycles appliquée à l’étude du thème natal et au déroulement de l’existence d’un individu, ponctuée généralement par un ou deux cycles dominants. C’est également un intérêt porté à l’histoire d’une vie, appréhendée comme un tout structuré de façon cyclique, qui anime un ouvrage de Robert Gouiran et Francine Mercier, deux auteurs qui ont écrit en collaboration un Traité d’astrologie galactique et des études sur L’Astrologie héliocentrique. Robert Gouiran est un ingénieur et docteur ès sciences, qui a fait carrière dans la recherche nucléaire, et qui explore la science astrale dans des zones marginales tout en restant fidèle à l’astrologie classique des maîtres de la Renaissance. Dans L’Astrologie des trajectoires de vie, le thème de naissance est étudié comme le programme d’une existence qui va se construire en relation avec l’image mythique d’une destinée inscrite dans l’être dès les premiers jours de sa vie. C’est la dynamique d’une destinée qui intéresse ces auteurs :
Si l’analyse première du thème natal décrit la façon dont on fait les choses, l’analyse cinétique des courbes du temps décrit la façon dont on fait sa vie. Et, en fin de compte, c’est bien de son histoire dont vient nous parler le consultant, et non de son caractère.[18]
Cette analyse cinétique des courbes du temps qui façonnent une destinée, les auteurs la conduisent à partir du cycle de la lunaison (le cycle soli-lunaire en longitude, d’une durée de 29,53 jours), et à partir du cycle nodal en latitude (de 27,211 jours) ponctué par le passage de la Lune à sa latitude Sud la plus basse au point appelé Ventre du Dragon, situé pratiquement au mi-point inférieur entre les deux Nœuds lunaires.
Robert Gouiran interprète ces deux cycles en longitude et en latitude dans le sens d’une complémentarité entre action et pensée :
Il y a une complémentarité ancienne entre longitude et latitude, ces deux mesures étant perpendiculaires l’une à l’autre. Si l’oscillation en longitude (la phase solaire) représente la façon dont on envisage d’agir sur le monde par son propre pouvoir en utilisant son temps et sa vie, l’oscillation en latitude qui lui est orthogonale (la phase nodale) va de son côté montrer l’idée que l’on se fait de sa raison d’être, de sa place dans un ordre supposé du monde, dans la vision fixe atemporelle d’une destinée imaginée après laquelle nous courons. La perpendicularité suggère toujours un rapport entre du réel et de l’imaginaire, entre le vécu et sa supposée transcendance. Phase solaire et phase nodale représentent respectivement la complémentarité entre le pouvoir d’être et la conscience d’être.[19]
C’est aux mystères du Dragon que s’attache également François Guiraud qui met en parallèle l’acupuncture, les chakras et l’astrologie. Dans son ouvrage Symbolisme et interprétation des Nœuds lunaires, cet auteur décrypte la symbolique des Nœuds et les mythes auxquels ils se rattachent. Tête et Queue du Dragon représentent pour lui les portes de notre monde intérieur. François Guiraud s’inspire du récit de la Genèse pour décrire les Nœuds comme les gardiens de l’Eden :
Ce lieu de bannissement de l’homme déchu et cette porte d’entrée de l’Eden perdu sont figurés en astrologie par les Nœuds de la Lune. Le Serpent, « père du mensonge », est l’autre gardien de notre prison, posté au Nœud Sud : par la tentation, il nous lie et nous rive là pour empêcher que nous portions nos regards vers l’ange, afin que nous n’osions pas nous mesurer au feu que crache la gueule du Dragon. Car ce « Feu » n’est autre que celui de l’Esprit Saint, qui « détruit l’impie » et le précipite aux « enfers », ou au contraire confère à l’élu, au terme de sa quête mystique et initiatique, la déification.[20]
Ainsi, pour François Guiraud, comme pour Robert Gouiran et Francine Mercier, l’astrologie se définit comme la voie de la connaissance du destin, permettant de saisir le sens d’une existence (et non pas de dévoiler les événements à venir). C’est cependant à la prévision des grands événements de l’existence que s’attache Danièle Jay, dont toute l’activité est tendue vers une réhabilitation de la pratique des directions primaires.[21] Alors que l’astrologie contemporaine s’en tient le plus souvent aux progressions, aux révolutions solaires et aux transits - techniques fondées sur le déplacement des astres dans le zodiaque - Danièle Jay remet en valeur la technique des directions primaires, engendrées par le mouvement diurne, mouvement évident lorsque l’on observe le parcours apparent du Soleil de son lever à son coucher. Cette technique pâtit d’une mauvaise presse due à l’aridité de calculs compliqués que le recours aux programmes informatiques permet maintenant d’évacuer. Il devient dès lors possible d’illustrer l’intérêt de cette pratique de nombreux exemples tirés des vies d’hommes et de femmes célèbres et de confronter les apports des directions primaires avec ceux des autres techniques prévisionnelles. Un des intérêts du dernier ouvrage de Danièle Jay, Ciels et destins, est d’appliquer la méthode des directions primaires à l’astrologie mondiale. Elle cite notamment la façon dont Jean Hiéroz applique cette méthode (mais après-coup, en 1946) pour tirer des Constitutions Universelles de l’année 1939 (Ingrès en Bélier et en Cancer, lunaison du 14 août) la date précise de manifestation des effets néfastes de l’Ingrès de printemps, qui tombe juste sur le 3 septembre 1939, date de déclaration de la guerre à l’Allemagne par la Grande-Bretagne et par la France.[22] Il serait intéressant de vérifier si la même méthode, appliquée à la tragédie de New York du 11 septembre 2001, aboutirait à des résultats comparables. Mais il conviendrait aussi de vérifier la capacité prévisionnelle de cette technique dont un André Barbault s’est détaché depuis longtemps après avoir essuyé maints déboires. Danièle Jay signale, en fin de ce chapitre consacré à la mondiale, la nécessité de combiner les thèmes d’États et ceux de leurs dirigeants :
Par conséquent, si l’on veut prévoir les destinées des nations, il faut impérieusement consulter les horoscopes personnels de leurs Princes, et plus particulièrement les Directions de leurs ciels. Ainsi pourrait-on combiner l’étude des thèmes d’États avec celle des ciels de leurs dirigeants. La confrontation s’avèrerait chaque fois très éclairante, n’en doutons pas.[23]
Certes. Mais c’est oublier l’extrême difficulté d’établir des thèmes fiables pour les États et, plus encore pour les dirigeants, qu’ils soient déjà en place ou en passe de le devenir. Et comment connaître à l’avance le thème de futurs dirigeants ? Qui, avant la nomination de Poutine comme Premier ministre par Boris Eltsine le 7 août 1999 - à la veille de la fameuse éclipse nostradamique - eût pensé à ce dernier comme futur Président de la Russie ? Et qui saura nous dire le jour de naissance d’un ayatollah Khomeyni ou d’un Oussama Ben Laden ?
Parmi les grandes réalisations récentes de l’astrologie française, il convient enfin de signaler la traduction en français du Tetrabiblos, ouvrage écrit par Ptolémée au IIe siècle ap. J.C. et qui est un condensé de l’astrologie grecque au point qu’on peut le considérer comme le premier véritable traité d’astrologie. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un ensemble de quatre livres réunis en un seul ouvrage, rassemblant et organisant tout le savoir astrologique des Grecs au début de notre ère : exposé des principes de l’astrologie dans le Livre I, de l’astrologie mondiale dans le Livre II, des prévisions relatives à divers domaines dans les Livres III et IV. C’est une édition superbement illustrée et magistralement commentée par Pascal Charvet qui a été offerte au public par les éditions Nil sous le titre Le Livre unique de l’astrologie.[24] Or il se trouve que cet ouvrage écrit en grec n’avait jamais encore été traduit directement du grec en français, et que l’on ne disposait que de textes établis sur une traduction à partir d’une version latine datant du XVIIe siècle., due à Nicolas Bourdin. Et, comme l’indique Yves Lenoble, qui a collaboré à cette œuvre en tant que conseiller astrologique, « cette version latine n’est pas une traduction directe du grec ; c’est une traduction de l’arabe, qui elle-même provient d’une traduction syriaque de l’original grec »[25]. La première traduction depuis le grec a été effectuée en anglais en 1940, par Robbins. Pascal Charvet a pu bénéficier d’une nouvelle édition critique du texte grec du Tetrabiblos, en 1998, par un chercheur allemand, Wolfgang Hubner. Le mérite de la traduction en français de Pascal Charvet est d’être à la fois fidèle à l’original grec et parfaitement limpide. Yves Lenoble souligne que cet ouvrage ne sera pas utile seulement aux astrologues, qui n’auront désormais plus d’excuse d’ignorer la vision astrologique de Ptolémée, mais également aux historiens, aux astronomes, aux ethnologues qui pourront se familiariser avec les principes de l’astrologie ancienne. Un autre intérêt de cette traduction est qu’elle tient compte du contexte philosophique et astronomique du Tetrabiblos.
Rappelons-le une dernière fois, ce survol de quelques productions récentes de l’astrologie française a été réalisé de façon très subjective en fonction de nos lectures personnelles et de l’admiration que nous éprouvons pour ces ouvrages, souvent aussi de l’amitié dont nous nous honorons avec certains de leurs auteurs. Mais bien d’autres auraient pu être signalés. Une conclusion s’impose en tout cas : l’astrologie française est bien vivante. Et nous terminerons sur un double souhait : que cette astrologie française soit mieux connue à l’étranger, grâce à des traductions dans de multiples langues, et qu’elle-même s’ouvre davantage encore aux meilleures productions des astrologues étrangers, qu’ils viennent du monde anglo-saxon, du monde germanique, du monde slave ou d’ailleurs.
Charles Ridoux
Amfroipret, le 12 janvier 2002
Bibliographie
BERNARD-DECROZE Paul, Les Blasons astrologiques, Éditions du Rocher, 1999.
CASTILLE Didier, « Mariages aux soleils », Cahiers du RAMS, n° 8, mars 2000.
GOUIRAN Robert et MERCIER Francine, L’Astrologie des trajectoires de vie, Éditions du Rocher, 1998.
GUIRAUD François, Symbolisme et interprétation des Nœuds lunaires. Les mystères du Dragon, Éditions du Rocher, 1997.
IONESCU Vlaicu, Le Message de Nostradamus sur l'Ere prolétaire, P., Dervy-Livres, 1976.
IONESCU Vlaicu, L'histoire secrète du monde, P., Ed. du Félin, 1987.
JAY Danièle, Ciels et Destins. L’astrologie des Directions primaires, Dervy, 2000.
JAY Danièle, La pratique des directions primaires pour prévoir les grands événements de l’existence, Cédra-Astralis, 1993.
LENOBLE Yves, Initiation à la pratique des cycles planétaires, Éditions de l’ARRC, 1994.
PHAURE Jean, Le Cycle de l’humanité adamique. Introduction à l’étude de la cyclologie traditionnelle et de la fin des Temps, Dervy-Livres, Paris, 1973.
PTOLEMEE, Le Livre unique de l’astrologie, Traduction et commentaires de Pascal Charvet, Éditions Nil, 2000.
[1] BERNARD-DECROZE Paul, Les Blasons astrologiques, Éditions du Rocher, 1999.
[6] A partir du n° 126 de L’Astrologue, 1999, article de Patrice Guinard intitulé « Qu’est-ce que l’astrologie ? ».
[7]In Horoscopes and history, London, Warburg Institute, 1986, p.1. Cf. aussi Frank Robbins : "La division par huit était une conception plus ancienne que le système de douze régions." (in "A new astrological treatise: Michigan Papyrus N°1", I 20-26, in Classical Philology 22.1 (University of Chicago Press), 1927, p.36.
[8]Wilhelm Gundel, Neue astrologische Texte des Hermes Trismegistos, München, Abhandlungen der Bayerischen Akademie der Wissenschaften, 1936, chap. 13 (Die Lehre der Kentra und der Quadranten) et 14 (Die Lehre der zwölf Haüser oder Orte), p.301-313.
[9] IONESCU Vlaicu, Le Message de Nostradamus sur l'Ere prolétaire, P., Dervy-Livres, 1976.
[10] IONESCU Vlaicu, L'histoire secrète du monde, P., Ed. du Félin, 1987.
[11] PHAURE Jean, Le Cycle de l’humanité adamique. Introduction à l’étude de la cyclologie traditionnelle et de la fin des Temps, Dervy-Livres, Paris, 1973.
[13] CASTILLE Didier, « Mariages aux soleils », Cahiers du RAMS, n° 8, mars 2000.
[14] BARBAULT André, « L’apport de l’astrologie mondiale à l’individuelle », Les Congrès d’Hermès. La croix des signes fixes, 24-25 mars 2001.
[15] LENOBLE Yves, Initiation à la pratique des cycles planétaires, Éditions de l’ARRC, 1994.
[18] GOUIRAN Robert et MERCIER Francine, L’Astrologie des trajectoires de vie, Éditions du Rocher, 1998, p. 11.
[20] GUIRAUD François, Symbolisme et interprétation des Nœuds lunaires. Les mystères du Dragon, Éditions du Rocher, 1997.
[21] JAY Danièle, La pratique des directions primaires pour prévoir les grands événements de l’existence, Cédra-Astralis, 1993.
[22] JAY Danièle, Ciels et Destins. L’astrologie des Directions primaires, Dervy, 2000, p. 131.
[24] PTOLEMEE, Le Livre unique de l’astrologie, Traduction et commentaires de Pascal Charvet, Éditions Nil, 2000.
[25] LENOBLE Yves, « Enfin une vraie traduction du Tetrabiblos », Astralis, n° 48, 2001, p. 42. |